Naturisme et Sexualité 2 ème partie

 

« Si nous n’étions pas aveugles par la sotte habitude, nous nous apercevrions que le corps humain n’est vraiment beau que dans sa nudi-té, et c’est dans cet état, seulement, qu’il jouit de sa pleine santé. » (Mahatma Gandhi) 

 

Développement personnel

Nus, le corps et l’esprit font une seule et même personne, il n’y a plus de séparation, c’est la phase de l’épanouissement corporel. Notre nudité nous permet de prendre conscience de notre corps. Tandis que notre intellect nous permet de raisonner face à nos appréhensions liées à ce corps que, parfois, nous n’aimons pas. 

Se réapproprier son corps (l’aimer, le connaître, l’accepter) 

A première vue, dire que le naturisme permet de se réap-proprier son corps alors qu’on est nu au milieu d’incon-nus peut sembler contradictoire. Au lieu de le réserver à l’être aimé, on vit nu à la plage, dans un espace naturiste où se côtoient parfois plus de 10.000 personnes. Com-ment cette vie peut-elle permettre de reprendre cons-cience de son corps ? 

Enfermée toute l’année dans des vêtements, emmitouflée sous des pulls, notre peau ne respire pas. La nudité per-met alors à nos pores de prendre l’air, ce ne sont plus uniquement notre bouche et nos narines qui respirent mais l’ensemble de notre être. Vous aurez tôt fait de res-sentir une libération des sens, comme une expansion de votre corps en osmose avec les éléments naturels, c’est cette approche décomplexée de soi qui vous permettra de vous réapproprier votre corps au bout de quelques jours, voire au bout de quelques heures pour certains, voire moins encore. 

Habillé de soleil et drapé par le vent, notre corps transpire moins ou, du moins, la transpiration s’évapore plus rapi-dement. Il n’y a plus d’odeur de sueur emprisonnée sous des vêtements humides…et chacun peut le constater en franchissant le seuil d’un espace naturiste. 

Quelques psychiatres, comme Lacan, conseillent à leurs patients n’aimant pas leur corps de se dénuder et de se regarder dans une glace. Parfois partiellement mais sou-vent seuls. La thérapie consiste à regarder une partie de leur corps qu’ils apprécient. Ça peut être une nouvelle coiffure, de beaux ongles refaits, ou une peau bien épilée. Cela reste malgré tout un regard critique que nous nous renvoyons à nous-mêmes. Dans un centre naturiste, ce sont les autres qui nous renvoient une image de nous. Cette image, c’est souvent un sourire, un bonjour amical. Les complexes s’envolent quand les gens ne vous jugent pas sur votre physique. Cette culpabilité quasi permanente sur le fait de ne pas avoir fait assez de régimes, ou pas assez de sport, ou de ne pas être à la dernière mode, s’évapore. Nous sommes nus, à l’état naturel. Nous sommes égaux avec les personnes que nous croisons. Cet environnement permet de mieux s’ap-précier et de s’accepter. Le corps n’est plus alors un frein à l’épanouissement, ce qui permettra une sexualité plus sereine. 

 

 

Instincts et désirs sexuels, différences supposées 

Nous réapproprier notre corps permet de prendre pleinement conscience que nous ne sommes pas des êtres asexués. Nous avons des désirs, des envies et des pulsions que nous ne devons pas refouler mais comprendre et maîtriser. La sexualité est, comme la faim, une force inhérente à tout être vivant. En étroite relation avec des 

« Si nous n’étions pas aveugles par la sotte ha-bitude, nous nous apercevrions que le corps humain n’est vraiment beau que dans sa nudi-té, et c’est dans cet état, seulement, qu’il jouit de sa pleine santé. » (Mahatma Gandhi) 

La Vie au Soleil N°95 – sept oct 1964 

réactions psychiques, parfois inconscientes, cette force est inscrite dans notre patri-moine génétique. La sexuali-té est un ensemble de para-mètres essentiels dont les sources se retrouvent autour d’une notion créatrice de la vie. Cela englobe aussi bien les sentiments amoureux, la libido, la sensualité, l’expres-sion de la beauté, le don et l’estime de soi ou bien en-core la timidité. C’est en somme une accumulation d’énergie. 

Décrit de différentes façons selon l’analyse personnelle des philosophes, tantôt « exaspération de l’instinct de propriété » pour Michelet, « élan vital » pour Bergson ou proche d’un « vouloir vivre » d’après Schopen-hauer, c’est un sujet vaste qui a passionné nombre d’auteurs. Il est donc normal que dans le cadre d’une pratique de la nudité en commun et mixte, il soit ici étudié. 

L’instinct sexuel est une pul-sion mécanique de procréation propre au règne animal, tandis que le désir sexuel est une démarche consciente unique à l’homme. Chez l’être humain, l’acte amoureux serait donc couplé à une volonté intelligente, dans le sens où cet acte est consciemment décidé. Les naturistes, par la vision d’une nudité sans connotation sexuelle, différencient clairement l’instinct sexuel du désir sexuel, pour ne retenir que le désir qu’ils laissent s’épanouir dans la sphère privée. Il est cependant important de rester prudent quant à la thèse de l’instinct sexuel de pro-création chez les animaux qui est encore sujet à interprétations. 

Quoiqu’il en soit, oser franchir le pas de la nudité en commun permet donc de mieux se connaître. En sommes-nous capables ? Comment allons-nous réagir ? Par expérience, réussir cette première étape permet de mieux s’ouvrir aux autres et de mieux recevoir l’amitié et l’amour inconditionnel en retour. 

 

Épanouissement de soi et du couple 

La pratique du naturisme a de nombreux effets salutaires. Comme l’écrivait Elisée Reclus dans son livre « L’homme et la terre », la nudité permet, notamment, une rapide normalisation de la sexualité. La nudité en commun nous contraint naturellement à une parfaite correction de nos gestes et de notre attitude. Elle permet des rapports francs entre les êtres, nous nous jugeons à travers notre moralité ou nos idées, pas sur l’appa-rence physique et, forcément, encore moins vestimentaire comme le font la majorité de nos concitoyens. Par extension, on peut affirmer que le naturisme oeuvre pour une réhabilitation du corps comme l’enseignent cer-tains humanistes. Pour autant, il ne faut pas rendre le tableau idyllique, nous ne sommes pas au jardin d’Adam et Eve où la nudité n’avait aucune connotation. Si notre nudité n’est pas sexuelle, elle n’est pas pour autant innocente, elle a un sens, elle est transgressive. Elle libère les corps de l’ostracisme que la société impose quoti-diennement. Elle permet de nous détacher de notre vie citadine, souvent mortifère, superficielle et aseptisée, en nous épanouissant au contact des éléments naturels. Quand nous sommes bien dans notre peau, épanouis, l’entente avec nos proches, nos amis est plus facile. 

Dans un couple solide, dans le cadre d’une nudité saine, il n’y a de place ni pour le mensonge, ni pour l’illu-sion. Habituellement, le maillot entretient l’illusion qui elle-même suscite la curiosité pour deviner ce qui est ca-ché. La nudité est vraie, elle ne suggère rien. Pour autant, elle ne tue pas le désir du couple comme quelques détracteurs l’affirment. Il est toujours étonnant de constater que des gens ne connaissant pas un sujet puissent être capables de délivrer des vérités absolues. Voir constamment l’être aimée nue, amoindrirait, d’après eux, la libido des couples. Ce raisonnement réduit l’amour au physique. Certes, c’est un élément important de cette attirance charnelle mais ce ne peut être le véritable ciment du couple. Voir son conjoint régulièrement nu à la maison, à la plage, en vacances n’entraine pas une baisse de notre libido. Si tel était le cas, il ne faudrait ja-mais se montrer à l’autre pour toujours maintenir le désir. Ce serait absurde, non constructif et symbole d’un manque de confiance en l’autre et envers soi-même. 

Photo extraite de « Das Paradies in der Felsenschlucht » 1958 

Au contraire, voir notre partenaire nue entretient ce désir, qui pour autant reste sous-jacent. De plus, l’épouse et le mari se sentent pleinement accep-tés physiquement et aimés, ce qui accroit la confiance dans le couple et donc entretient l’amour. Sous cet angle, on peut comprendre la vision éro-tique, mais aucunement pornographique, que Kienné de Mongeot et Mi-chel Pivert, accordaient à la nudité naturelle. L’expression de la beauté des corps libres et sans entrave au contact de la nature prend alors une dimen-sion originelle qui donne tout son sens à notre mode de vie : celui de s’af-franchir, dans ce domaine, des conditionnements de la société et retrouver son « moi ». Cet aspect érotique a été malheureusement trop souvent mal compris et associé, encore une fois, au sexe. Or, du point de vue de prêtres naturistes, c’est avant tout l’expression d’une beauté intemporelle en réfé-rence à Dieu. 

Une sexualité épanouie ne peut provenir que d’une parfaite connaissance de soi et de notre corps, de nos désirs et du fonctionnement de nos or-ganes génitaux. Nous ne sommes pas en train de sous-entendre que les naturistes n’auraient pas de tabous mais il est probable qu’ils en aient moins que ceux qui n’ont pas introduit le naturisme dans leur vie. Sans pouvoir nous baser sur une étude sérieuse, et comme nous venons de le voir, il est possible de penser qu’une pratique régulière de la nudité inté-grale, puisse permettre de mieux connaitre son propre corps. D’après des naturistes interrogés, il semble que ces derniers ressentent moins d’appré-hension vis-à-vis de leur corps, leur approche de l’acte sexuel serait deve-nue plus naturelle et plus respectueuse envers le partenaire. Les positions sexuelles, la lumière, se voir l’un et l’autre, les jeux amoureux, seraient plus volontiers adoptés par les naturistes. La pratique de la nudité permet impli-citement d’avoir des conversations plus franches avec son partenaire sur la sexualité qu’on aimerait avoir et sur les fantasmes que d’autres n’oseraient pas énoncer. On s’accepte physiquement, on n’a pas honte de ses pensées en relation avec le sexe. C’est une question de confiance réciproque. 

Etre naturiste et célibataire 

30% des Français vivent seuls. La composition du monde naturiste reflète celle de la société, elle ne comporte donc pas uniquement des familles. Quand nous mettons en avant un naturisme « sain et familial », cela im-plique un espace dans lequel se vivent des activités qui peuvent être vues par des enfants. 

« Le mot famille a un sens très large. C’est autour d’un idéal, un regroupe-ment de toutes les particularités et les différences qui l’ouvrent, l’enrichissent et le renforcent » (Paul Réthoré, interviewé par « le Mague »). 

Ces femmes et ces hommes naturistes célibataires, comment perçoivent-ils le fait de voir ces corps nus et de ne pouvoir en partager l’intimité ? 

Le naturiste a un idéal, une ligne de conduite, il respecte autrui. Il ne va pas regarder quelqu’un avec insistance. Bien sûr, il serait hypocrite de dire qu’il ne regarde pas une belle femme et que les femmes ne regardent pas une belle silhouette d’homme. Nous ne sommes plus au temps des premiers numéros « La Vie au Soleil » (années 50), où, à chaque parution, il fallait se défendre sur la moralité de notre pratique. Il est vrai que le naturiste re-garde, mais avec discrétion, sans gêner l’autre personne et surtout sans se focaliser sur une zone plus que sur une autre car nous apprenons à admi-rer ce que dégage l’ensemble de l’être. Nous recherchons avant tout à connaître l’autre, à discuter avec lui, à échanger des idées car pour le phy-sique on a, justement, vu. 

Le célibataire dans un centre naturiste, ou sur une plage, ne vient pas for-cément dans l’idée de trouver l’âme soeur. Bien sûr, à l’adolescence, il peut avoir des amours d’été. Mais il est curieux que ces flirts se réalisent princi-palement quand tout le monde est habillé, par exemple, lors des soirées dansantes. L’habit rassure mais aussi excite plus que la nudité franche. 

On pourrait supposer que le célibataire est gêné de ne pas avoir une activi-té sexuelle dans un lieu où les gens sont nus. En réalité, ni plus, ni moins que dans un lieu classique où les couples sont nombreux et les célibataires minoritaires. Pourquoi en serait-il autrement dans un centre naturiste ? Si besoin en était, en milieu naturiste, la personne célibataire va acquérir plus de confiance en elle, plus de connaissance de l’autre par des rapports francs et, parfois, des liens amicaux plus sincères ; c’est un bon début pour trouver par la suite la (ou le) partenaire qui convient. 

Quel que soit notre physique, notre âge, le naturisme nous permet de nous sentir bien dans notre peau 

Accepter sa sexualité 

Avoir une sexualité épanouie, c’est d’abord s’accepter. Par ce qui précède, nous comprenons que le naturisme est une pratique valorisante et libératrice pour notre corps et notre esprit. Être nu, c’est aussi une démarche intérieure qui permet de mieux se connaître. En étant à l’écoute de son corps et de ses attentes, la nudité aide à être plus franc envers soi. Tout en s’ouvrant aux autres, on réalise, inconsciemment une introspection, une dé-marche où le mensonge n’a pas sa place. Ce qui permet de rechercher les raisons profondes d’un blocage intérieur ou d’un malaise. La nudité pratiquée régulièrement avec son conjoint ou partenaire permet donc plus de franchise envers lui, moins de crainte concernant les confidences qu’on pourrait lui faire sur ses envies. De ce fait, la sexualité est abordée de façon naturelle en évitant sous-entendus, suspicions et autres incompréhen-sions dont nombre de couples souffrent. Nos désirs peuvent être ainsi envisagés sans tabous. 

La pratique naturiste regroupe aujourd’hui suffisamment de personnes pour qu’on puisse dire qu’elle est un reflet de la société. Chez les naturistes, on rencontre aussi bien des hétérosexuels, des homosexuels que des bisexuels comme au sein d’une grande entreprise ou de n’importe quel groupe. Chez les homosexuels, les « coming-out » sont un long processus pénible, ou culpabilisant, ou libérateur ; si le naturisme n’accélère pas cette démarche, une pratique régulière permettant de mieux se connaître et de s’affirmer au sein de la société, facilitera cette extériorisation envers son entourage. 

Quand on veut décrire le naturisme, on parle souvent de « pratique saine et familiale », les célibataires et les homosexuels ne se reconnaissent pas nécessairement dans cette approche figée. Il convient, bien sûr, de dire que nous les acceptons dans notre mouvement et qu’ils sont les bienvenus. « Sain et familial » décrit un état d’esprit en incluant toute structure de couple, avec ou sans enfants mais également les personnes seules. (par choix de vie, ou contraintes, ou devenues seules après séparation). 

Le plus important n’est pas l’orientation sexuelle, qui relève du domaine privé, mais l’attitude de chacun. 

Conclusion de la deuxième partie 

L’expression de notre sexualité n’est pas tabou, elle est intime. C’est la raison pour laquelle nombre de natu-ristes affirment que cela n’a rien à voir avec notre mode de vie. Il serait pourtant dommage de ne pas prendre en considération l’ensemble des paramètres qui s’associent à notre pratique pour mieux la comprendre, la défendre et la faire connaître. Le naturisme peut aider les couples à vivre une sexualité plus épanouie, gage d’un amour, ou plus fort ou/et plus pérenne. 

Même si notre sexualité reste du domaine privé, le naturisme peut être considéré comme une source d’appren-tissage de soi et de respect envers notre environnement. 

Un couple homme-femme, deux femmes ou deux hommes, qui sommes-nous pour juger ? 

Pour les pervers éventuels, ils se démasquent rapidement d’eux-mêmes par leur comportement déviant, suspect et maladroit. Ils se retrouvent immédiatement exclus de nos établissements. Sur ce point, les agressions sont extrêmement rares, voire inexistantes par rapport à des centres de vacances classiques. En fait, c’est un havre de paix et de tranquillité où les femmes sont libres de vivre sans inquiétude à avoir et sans être jugées. 

La question des cycles menstruels de la femme 

Là aussi, c’est un faux problème. D’une part, par la régularité des cycles et par des douleurs intenses au ventre, les femmes savent que leurs règles sont sur le point de venir ; d’autre part, pour celles qui viennent régulièrement dans nos centres, elles savent qu’on ne va pas les blâmer si durant les premiers jours du cycle, elles portent une culotte. Elles sont donc rarement prises au dépourvu. Et, dans chaque camping, des douches fermées existent pour retrouver un peu d’intimité si elles en ressentent le besoin. 

Vivre d’abord -juillet-aout 1960 N°70 

Vivre d’abord -juillet aout 1961 

Cet article a 2 commentaires

  1. Jean-Pierre FAVERAIS

    Un sujet difficile à traiter car beaucoup de  » textiles  » font l’ amalgame entre naturisme et sexualité.

  2. Bonjour à toutes et à tous !
    Que le soleil soit avec vous !
    Dans mon dernier post sur Vivrenu.com j’ai laissé un second texte de ma vie naturiste !
    J’y évoque par sous-entendus la sexualité pendant un séjour naturiste …
    Peut-être pourrais-je le déposer sur ce blog ?! J’en ai déjà envoyé un sur ma découverte de ce style de vie en 1975 qui n’est pas encore affiché sur ce blog bien fait, clair et sympa !

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